Lettre de Jean Le Myre de Vilers à son père du 24 mai 1893

(©ANOM)

Transcription textuelle

Le 24 mai
Mon cher papa,

Ah quoi vous décidez-vous maintenant à la Chambre ; vous me parlez dans votre dernière lettre du temps qu’a M. P. Vous ne vous rendez pas compte certainement de la tension des esprits ici, ce qui demande une solution quelconque.
Les S [iamois] sont très fiers de leurs prétendues victoires ; les affaires ne marchent plus et surtout à leurs yeux les Européens perdent cette supériorité indispensable en Orient. Vous devez savoir là-dessus les idées de M. P. par les lettres qu’il vous écrit. Moi je vous dis ma pensée et ce dont je crois m’apercevoir car M. P. est muet comme tombe. Je regrette qu’il ne me donne pas de travail mais bien entendu je vous prie de ne pas lui en parler. Enfin je crois que la Chambre ferait bien de prendre une résolution quelconque avant de se séparer. Cette présence du Lutin les exaspère et il est curieux de voir les soldats partis sur les rives du Mékong comptant aller se battre, lorsqu’ici nous voyons les princes et que nous restons à Bangkok. Tous les jours passent devant la résidence des bateaux chargés de briques, de pontons pour les ports que l’on construit à l’embouchure du Ménam, d’ailleurs je dois déjà vous l’avoir dit dans d’autres lettres.
Quand vous recevrez cette lettre votre résolution sera déjà prise et vous saurez si décidément vous venez en Indochine voir vos électeurs. D’ailleurs j’ai lu dans les journaux de Saïgon que M. Blanche était parti pour l’Europe. Je comprends que vous craignez la mer Rouge, car à en juger par la chaleur que nous avons ici, c’est insupportable surtout à cause de l’humidité de la saison des pluies.
Le 29 mai. Nous avons eu hier l’anniversaire de la naissance de la reine d’Angleterre ; aussi les bateaux de guerre étaient-ils pavoisés ; de 4 à 7 gardes partis chez le ministre anglais. On s’est d’ailleurs pas amusé du tout. Il avait plu toute la journée et l’on pataugeait dans l’herbe. Le ministre des Affaires étrangères s’est enquis de ma santé à cause de mon accident de voiture, qui, bien entendu, est tout à fait fini. Quand il a fait nuit, on a dansé, bien entendu à ce moment je me suis éclipsé, n’aimant pas beaucoup à ressembler à une fontaine. Voilà toutes les distractions, et à part mon anglais je n’en vois pas d’autres ; je ne suis pas d’ailleurs bien fort et n’ayant pas de professeurs je n’ose pas me lancer dans la conversation ; je lis les journaux ce qui est assez utile ici puisqu’il n’y en a pas d’autres. Le courrier ne part que demain ; j’attendrai donc pour fermer cette lettre.
Au revoir mon cher papa, il est l’heure du courrier et je me suis mis en retard. Je vous embrasse de tout cœur.

Le 24 mai
Mon cher papa,

Ah quoi vous décidez-vous maintenant à la Chambre ; vous me parlez dans votre dernière lettre du temps qu’a M. P. Vous ne vous rendez pas compte certainement de la tension des esprits ici, ce qui demande une solution quelconque.
Les S [iamois] sont très fiers de leurs prétendues victoires ; les affaires ne marchent plus et surtout à leurs yeux les Européens perdent cette supériorité indispensable en Orient. Vous devez savoir là-dessus les idées de M. P. par les lettres qu’il vous écrit. Moi je vous dis ma pensée et ce dont je crois m’apercevoir car M. P. est muet comme tombe. Je regrette qu’il ne me donne pas de travail mais bien entendu je vous prie de ne pas lui en parler. Enfin je crois que la Chambre ferait bien de prendre une résolution quelconque avant de se séparer. Cette présence du Lutin les exaspère et il est curieux de voir les soldats partis sur les rives du Mékong comptant aller se battre, lorsqu’ici nous voyons les princes et que nous restons à Bangkok. Tous les jours passent devant la résidence des bateaux chargés de briques, de pontons pour les ports que l’on construit à l’embouchure du Ménam, d’ailleurs je dois déjà vous l’avoir dit dans d’autres lettres.
Quand vous recevrez cette lettre votre résolution sera déjà prise et vous saurez si décidément vous venez en Indochine voir vos électeurs. D’ailleurs j’ai lu dans les journaux de Saïgon que M. Blanche était parti pour l’Europe. Je comprends que vous craignez la mer Rouge, car à en juger par la chaleur que nous avons ici, c’est insupportable surtout à cause de l’humidité de la saison des pluies.
Le 29 mai. Nous avons eu hier l’anniversaire de la naissance de la reine d’Angleterre ; aussi les bateaux de guerre étaient-ils pavoisés ; de 4 à 7 gardes partis chez le ministre anglais. On s’est d’ailleurs pas amusé du tout. Il avait plu toute la journée et l’on pataugeait dans l’herbe. Le ministre des Affaires étrangères s’est enquis de ma santé à cause de mon accident de voiture, qui, bien entendu, est tout à fait fini. Quand il a fait nuit, on a dansé, bien entendu à ce moment je me suis éclipsé, n’aimant pas beaucoup à ressembler à une fontaine. Voilà toutes les distractions, et à part mon anglais je n’en vois pas d’autres ; je ne suis pas d’ailleurs bien fort et n’ayant pas de professeurs je n’ose pas me lancer dans la conversation ; je lis les journaux ce qui est assez utile ici puisqu’il n’y en a pas d’autres. Le courrier ne part que demain ; j’attendrai donc pour fermer cette lettre.
Au revoir mon cher papa, il est l’heure du courrier et je me suis mis en retard. Je vous embrasse de tout cœur.

Le 24 mai
Mon cher papa,

Ah quoi vous décidez-vous maintenant à la Chambre ; vous me parlez dans votre dernière lettre du temps qu’a M. P. Vous ne vous rendez pas compte certainement de la tension des esprits ici, ce qui demande une solution quelconque.
Les S [iamois] sont très fiers de leurs prétendues victoires ; les affaires ne marchent plus et surtout à leurs yeux les Européens perdent cette supériorité indispensable en Orient. Vous devez savoir là-dessus les idées de M. P. par les lettres qu’il vous écrit. Moi je vous dis ma pensée et ce dont je crois m’apercevoir car M. P. est muet comme tombe. Je regrette qu’il ne me donne pas de travail mais bien entendu je vous prie de ne pas lui en parler. Enfin je crois que la Chambre ferait bien de prendre une résolution quelconque avant de se séparer. Cette présence du Lutin les exaspère et il est curieux de voir les soldats partis sur les rives du Mékong comptant aller se battre, lorsqu’ici nous voyons les princes et que nous restons à Bangkok. Tous les jours passent devant la résidence des bateaux chargés de briques, de pontons pour les ports que l’on construit à l’embouchure du Ménam, d’ailleurs je dois déjà vous l’avoir dit dans d’autres lettres.
Quand vous recevrez cette lettre votre résolution sera déjà prise et vous saurez si décidément vous venez en Indochine voir vos électeurs. D’ailleurs j’ai lu dans les journaux de Saïgon que M. Blanche était parti pour l’Europe. Je comprends que vous craignez la mer Rouge, car à en juger par la chaleur que nous avons ici, c’est insupportable surtout à cause de l’humidité de la saison des pluies.
Le 29 mai. Nous avons eu hier l’anniversaire de la naissance de la reine d’Angleterre ; aussi les bateaux de guerre étaient-ils pavoisés ; de 4 à 7 gardes partis chez le ministre anglais. On s’est d’ailleurs pas amusé du tout. Il avait plu toute la journée et l’on pataugeait dans l’herbe. Le ministre des Affaires étrangères s’est enquis de ma santé à cause de mon accident de voiture, qui, bien entendu, est tout à fait fini. Quand il a fait nuit, on a dansé, bien entendu à ce moment je me suis éclipsé, n’aimant pas beaucoup à ressembler à une fontaine. Voilà toutes les distractions, et à part mon anglais je n’en vois pas d’autres ; je ne suis pas d’ailleurs bien fort et n’ayant pas de professeurs je n’ose pas me lancer dans la conversation ; je lis les journaux ce qui est assez utile ici puisqu’il n’y en a pas d’autres. Le courrier ne part que demain ; j’attendrai donc pour fermer cette lettre.
Au revoir mon cher papa, il est l’heure du courrier et je me suis mis en retard. Je vous embrasse de tout cœur.