Extrait du journal de Pavie

(© Bibliothèque municipale de Dinan)

Transcription textuelle

Nous avons donc actuellement deux races absolument différentes qu'il ne faut pas songer à fondre qui veulent être administrées différemment.
Il n'y a pas plus de rapport entre le Cambodgien et l'Annamite qu'entre le Chinois et l'Indien, et songer à administrer le Cambodge avec des administrateurs ayant fait un apprentissage même court en Cochinchine est une erreur qui peut devenir dangereuse.
Outre ses idées prises par le contact avec les Annamites l'administrateur de Cochinchine apportera au Cambodge comme s'il changeait d'inspection toute une smala de boys, interprètes, lettrés, miliciens etc. déclarant avec la plus extraordinaire naïveté que ce personnel lui est indispensable, qu'il y a confiance etc... que son prédécesseur était trompé par...
Il vaudrait mieux voir des nouveaux venus de France prendre en main les affaires au Cambodge que les meilleurs administrateurs de Cochinchine qui seront accueillis avec tristesse par les Cambodgiens dès qu'on verra leur smala arriver avec eux. Les gens s'éloigneront et le mépris ne sera pas loin lorsque les Cambodgiens qui sont très observateurs auront reconnu l'empire que tel domestique ou telle congaï exerce ou passe pour exercer sur celui qui a autorité. Si la passion de l'opium s'ajoute à cette faiblesse ce sera complet et on verra au bout de quelque temps qu'il n'y a rien à faire des Cambodgiens, qu'il faut introduire par tous les moyens les Annamites et chasser ou éloigner de quelque façon les premiers. J'ai déjà entendu cela. Voilà pourquoi les officiers qu'on introduira dans l'administration au Cambodge non seulement à titre provisoire mais à titre définitif ont chance de faire de bonne besogne. Ils apprendront la langue ce que les autres qui savent l'annamite ne feront point.
Les deux administrateurs ayant l'origine militaire, qui ont des emplois de résidents ont seuls réussi parce que dans un pays troublé surtout devant un peuple comme le Cambodgien, il faut savoir payer de sa personne, inspirer une confiance absolue aux gens du pays. Cependant son ennemi personnel c'est l'Annamite qui les entoure. Il n'y a pas à tenir compte du jugement ni de l'opinion des farceurs qui restent dans leur case bien gardés. Avant de leur demander leur avis, il faut, il est bon de leur faire avouer qu'ils ne sont pas sortis de l'enceinte bien gardée où ils se paient leur solde.
On peut dire qu'une des mesures les plus pénibles à l'amour-propre cambodgien est la création de milices annamites et à l'occupation de postes par des tirailleurs annamites.

Nous avons donc actuellement deux races absolument différentes qu'il ne faut pas songer à fondre qui veulent être administrées différemment.
Il n'y a pas plus de rapport entre le Cambodgien et l'Annamite qu'entre le Chinois et l'Indien, et songer à administrer le Cambodge avec des administrateurs ayant fait un apprentissage même court en Cochinchine est une erreur qui peut devenir dangereuse.
Outre ses idées prises par le contact avec les Annamites l'administrateur de Cochinchine apportera au Cambodge comme s'il changeait d'inspection toute une smala de boys, interprètes, lettrés, miliciens etc. déclarant avec la plus extraordinaire naïveté que ce personnel lui est indispensable, qu'il y a confiance etc... que son prédécesseur était trompé par...
Il vaudrait mieux voir des nouveaux venus de France prendre en main les affaires au Cambodge que les meilleurs administrateurs de Cochinchine qui seront accueillis avec tristesse par les Cambodgiens dès qu'on verra leur smala arriver avec eux. Les gens s'éloigneront et le mépris ne sera pas loin lorsque les Cambodgiens qui sont très observateurs auront reconnu l'empire que tel domestique ou telle congaï exerce ou passe pour exercer sur celui qui a autorité. Si la passion de l'opium s'ajoute à cette faiblesse ce sera complet et on verra au bout de quelque temps qu'il n'y a rien à faire des Cambodgiens, qu'il faut introduire par tous les moyens les Annamites et chasser ou éloigner de quelque façon les premiers. J'ai déjà entendu cela. Voilà pourquoi les officiers qu'on introduira dans l'administration au Cambodge non seulement à titre provisoire mais à titre définitif ont chance de faire de bonne besogne. Ils apprendront la langue ce que les autres qui savent l'annamite ne feront point.
Les deux administrateurs ayant l'origine militaire, qui ont des emplois de résidents ont seuls réussi parce que dans un pays troublé surtout devant un peuple comme le Cambodgien, il faut savoir payer de sa personne, inspirer une confiance absolue aux gens du pays. Cependant son ennemi personnel c'est l'Annamite qui les entoure. Il n'y a pas à tenir compte du jugement ni de l'opinion des farceurs qui restent dans leur case bien gardés. Avant de leur demander leur avis, il faut, il est bon de leur faire avouer qu'ils ne sont pas sortis de l'enceinte bien gardée où ils se paient leur solde.
On peut dire qu'une des mesures les plus pénibles à l'amour-propre cambodgien est la création de milices annamites et à l'occupation de postes par des tirailleurs annamites.