Extrait du journal de Pavie

(© ANOM)

Transcription textuelle

[...] 4 décembre. Temps frais, je déjeune à Srakéo afin de tenter à être à Vatana ce soir. N'a pu pour moi trouver à louer un cheval. On a peur que je fuie avec.
La ligne télégraphique. Départ à 8.50 direction 270° à 9.15. Ligne est devant moi. Je ne saurais rendre avec des mots le serrement de coeur qu'ai éprouvé en revoyant en souvenir déjà loin qui m'a donné tant de peine et causé de si grandes déceptions. Quand nous avons été devant sala le conducteur nous a dit. « Nous allons nous arrêter ici, on y est bien. Il manque un homme, attendons-le. » Je n'ai pas pu rester et suis parti à pied devant. Le cœur me manquait, j'ai cru qu'allait rendre le repas du matin. Le moral est fort cependant je me disais : « pour être un vrai homme il faut savoir en supporter bien d'autres ; je passais en revue instantanément ce qui depuis dix ans a été mon existence et me disais je n'ai pas été heureux du tout, ne voudrais pas recommencer, mais certes l'heure présente est la plus dure. Si j'étais resté au bureau comme les autres, flattant le chef et servant sans ardeur je serais sûrement plus avancé. Voilà à quoi l'on arrive en se mettant en avant. Des débutants ont pour poste ceux-là qu'ai ouverts et solde double ou triple de la mienne. Quand on se met en évidence il faut réussir.
J'ai eu un succès complet. De maigres félicitations et six mois de retard pour l'avancement. Voilà la récompense. J'ai honte de l'affront et n'ose pas rentrer ne me sentant pas assez fort pour rester impassible devant les sourires, devant l'ironie, sous les condoléances de ceux à qui mes blessures plaisent. Si j'avais seulement l'argent qu'il faut pour vivre ! comme je vous renverrais vos insultes au visage ! si seulement la santé pouvait se conserver encore. Je me sens vieillir et je me sens faiblir. Je n'ai pas le cœur fort. Vos coups sont bien portés. Très bien. Vous m'apprenez ainsi qu'à d'autres il ne faut jamais que j'en fasse autant. Vous n'êtes point humains, par ignorance sans doute. Si vous aviez eu des tortures d'amour propre, si vous aviez courbé la tête sous l'injustice, agiriez-vous ainsi, peut-être. Vous me donnez de l'expérience, merci ! je vous dis simplement ceci : vous servez mal la France en faisant comme vous faites ; je ne travaille que pour elle et ne me sens pas homme à servir d'autres avec. Je ne vous méprise point ; vous changerez peut-être. Je le souhaite et vous laisse. »
Pendant que ces pensées s'en allaient une à une, je me sentais revenir mais pas fort. Voilà trois mois que je n'ai pas bu de vin, c'est peut-être ce qui me rend faible. Les 2 charrettes m'ont attrapé, je suis monté sur la 1ère. Pauvre équipage que j'ai grande chance d'avoir. Armé de passeports que je n'ose montrer, j'utilise mon petit prestige là où je suis connu [...]

[...] 4 décembre. Temps frais, je déjeune à Srakéo afin de tenter à être à Vatana ce soir. N'a pu pour moi trouver à louer un cheval. On a peur que je fuie avec.
La ligne télégraphique. Départ à 8.50 direction 270° à 9.15. Ligne est devant moi. Je ne saurais rendre avec des mots le serrement de coeur qu'ai éprouvé en revoyant en souvenir déjà loin qui m'a donné tant de peine et causé de si grandes déceptions. Quand nous avons été devant sala le conducteur nous a dit. « Nous allons nous arrêter ici, on y est bien. Il manque un homme, attendons-le. » Je n'ai pas pu rester et suis parti à pied devant. Le cœur me manquait, j'ai cru qu'allait rendre le repas du matin. Le moral est fort cependant je me disais : « pour être un vrai homme il faut savoir en supporter bien d'autres ; je passais en revue instantanément ce qui depuis dix ans a été mon existence et me disais je n'ai pas été heureux du tout, ne voudrais pas recommencer, mais certes l'heure présente est la plus dure. Si j'étais resté au bureau comme les autres, flattant le chef et servant sans ardeur je serais sûrement plus avancé. Voilà à quoi l'on arrive en se mettant en avant. Des débutants ont pour poste ceux-là qu'ai ouverts et solde double ou triple de la mienne. Quand on se met en évidence il faut réussir.
J'ai eu un succès complet. De maigres félicitations et six mois de retard pour l'avancement. Voilà la récompense. J'ai honte de l'affront et n'ose pas rentrer ne me sentant pas assez fort pour rester impassible devant les sourires, devant l'ironie, sous les condoléances de ceux à qui mes blessures plaisent. Si j'avais seulement l'argent qu'il faut pour vivre ! comme je vous renverrais vos insultes au visage ! si seulement la santé pouvait se conserver encore. Je me sens vieillir et je me sens faiblir. Je n'ai pas le cœur fort. Vos coups sont bien portés. Très bien. Vous m'apprenez ainsi qu'à d'autres il ne faut jamais que j'en fasse autant. Vous n'êtes point humains, par ignorance sans doute. Si vous aviez eu des tortures d'amour propre, si vous aviez courbé la tête sous l'injustice, agiriez-vous ainsi, peut-être. Vous me donnez de l'expérience, merci ! je vous dis simplement ceci : vous servez mal la France en faisant comme vous faites ; je ne travaille que pour elle et ne me sens pas homme à servir d'autres avec. Je ne vous méprise point ; vous changerez peut-être. Je le souhaite et vous laisse. »
Pendant que ces pensées s'en allaient une à une, je me sentais revenir mais pas fort. Voilà trois mois que je n'ai pas bu de vin, c'est peut-être ce qui me rend faible. Les 2 charrettes m'ont attrapé, je suis monté sur la 1ère. Pauvre équipage que j'ai grande chance d'avoir. Armé de passeports que je n'ose montrer, j'utilise mon petit prestige là où je suis connu [...]

[...] 4 décembre. Temps frais, je déjeune à Srakéo afin de tenter à être à Vatana ce soir. N'a pu pour moi trouver à louer un cheval. On a peur que je fuie avec.
La ligne télégraphique. Départ à 8.50 direction 270° à 9.15. Ligne est devant moi. Je ne saurais rendre avec des mots le serrement de coeur qu'ai éprouvé en revoyant en souvenir déjà loin qui m'a donné tant de peine et causé de si grandes déceptions. Quand nous avons été devant sala le conducteur nous a dit. « Nous allons nous arrêter ici, on y est bien. Il manque un homme, attendons-le. » Je n'ai pas pu rester et suis parti à pied devant. Le cœur me manquait, j'ai cru qu'allait rendre le repas du matin. Le moral est fort cependant je me disais : « pour être un vrai homme il faut savoir en supporter bien d'autres ; je passais en revue instantanément ce qui depuis dix ans a été mon existence et me disais je n'ai pas été heureux du tout, ne voudrais pas recommencer, mais certes l'heure présente est la plus dure. Si j'étais resté au bureau comme les autres, flattant le chef et servant sans ardeur je serais sûrement plus avancé. Voilà à quoi l'on arrive en se mettant en avant. Des débutants ont pour poste ceux-là qu'ai ouverts et solde double ou triple de la mienne. Quand on se met en évidence il faut réussir.
J'ai eu un succès complet. De maigres félicitations et six mois de retard pour l'avancement. Voilà la récompense. J'ai honte de l'affront et n'ose pas rentrer ne me sentant pas assez fort pour rester impassible devant les sourires, devant l'ironie, sous les condoléances de ceux à qui mes blessures plaisent. Si j'avais seulement l'argent qu'il faut pour vivre ! comme je vous renverrais vos insultes au visage ! si seulement la santé pouvait se conserver encore. Je me sens vieillir et je me sens faiblir. Je n'ai pas le cœur fort. Vos coups sont bien portés. Très bien. Vous m'apprenez ainsi qu'à d'autres il ne faut jamais que j'en fasse autant. Vous n'êtes point humains, par ignorance sans doute. Si vous aviez eu des tortures d'amour propre, si vous aviez courbé la tête sous l'injustice, agiriez-vous ainsi, peut-être. Vous me donnez de l'expérience, merci ! je vous dis simplement ceci : vous servez mal la France en faisant comme vous faites ; je ne travaille que pour elle et ne me sens pas homme à servir d'autres avec. Je ne vous méprise point ; vous changerez peut-être. Je le souhaite et vous laisse. »
Pendant que ces pensées s'en allaient une à une, je me sentais revenir mais pas fort. Voilà trois mois que je n'ai pas bu de vin, c'est peut-être ce qui me rend faible. Les 2 charrettes m'ont attrapé, je suis monté sur la 1ère. Pauvre équipage que j'ai grande chance d'avoir. Armé de passeports que je n'ose montrer, j'utilise mon petit prestige là où je suis connu [...]