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L'INDOCHINE AVANT PAVIE

Angkor

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« Je ne sais pas si beaucoup d'hommes ont comme moi depuis l'enfance pressenti toute leur vie. Rien ne m'est arrivé que je n'aie obscurément prévu dès mes premières années. Les ruines d'Angkor, je me souviens si bien de certain soir d'avril, un peu voilé, où en vision elles m'apparurent ! cela se passait dans mon « musée » d'enfant, très petite pièce, en haut de ma maison familiale, où j'avais réuni beaucoup de coquillages, d'oiseaux des îles, d'armes et de parures océaniennes, tout ce qui pouvait me parler des pays lointains [...]. Ce temple est un des lieux du monde où les hommes ont entassé le plus de sculptures, d'ornements, de rinceaux, de fleurs et de visages. Ce n'est pas simple comme les belles lignes de Thèbes ou de Baalbeck. C'est déroutant de complication aussi bien que d'énormité. Des monstres gardent tous les perrons, toutes les entrées ; les divines Apsâras, en groupes répétés indéfiniment se montrent partout entre les lianes retombantes. Et, à première vue, rien ne se démêle ; on ne perçoit que désordre et profusion dans cette colline de blocs ciselés, au faîte de laquelle ont jailli les grandes tours. Mais dès que l'on observe un peu, une symétrie parfaite s'affirme au contraire de haut en bas. La colline de sculptures forme une pyramide carrée, à trois gradins, dont la base a plus d un kilomètre de pourtour, et c'est sur le troisième de ces gradins, tout en haut, que se trouve sans doute le lieu saint par excellence. Il faut donc y monter-je m'y attendais -monter, par des marches roides et déjetées, entre les Apsâras souriantes, les lions accroupis, les serpents sacrés étalant comme un éventail de leurs sept têtes, et les verdures languides qu'aucun souffle en ce moment ne remue, monter en hâte, pour avoir le temps d'arriver avant que l'ondée ne commence. » (Pierre Loti Le pèlerin d'Angkor)

Angkor fut la capitale du royaume du Cambodge du IXe au XVe siècle. Elle compte alors près de 750 000 habitants et couvre une superficie de 1000 km2. Tcheou Ta-Kouan, voyageur chinois, la décrit à la fin du XIIe siècle. Vers le milieu du XVe siècle le roi du Cambodge la quitte pour fuir les invasions siamoises. Angkor comprend la ville murée, un grand quadrilatère ceint d'une muraille, Angkor Thom (Angkor la grande), et le grand temple hors les murs, Angkor Vat. Si au fil des siècles, Angkor a toujours été visitée par les marchands, les aventuriers, les missionnaires, c'est seulement au XIXe siècle qu'on la « redécouvre ». Le premier à en parler est le père Bouillevaux en 1857, puis Henri Mouhot. Les temples sont aussi vus par la mission Doudart de Lagrée-Francis Garnier et Gsell les photographie. En 1866 Louis Delaporte les dessine et ramène en France divers objets et sculptures. Il crée au Trocadéro le musée indochinois et présente l'art khmer lors de l'exposition universelle de 1878. Auguste Pavie qui les parcourt en 1881 évoque avec tristesse leurs ruines, souvenir d'une civilisation perdue. C'est pour travailler à l'exploration archéologique de l'Indochine et prendre en charge Angkor qu'est créée, le 20 janvier 1900, l'Ecole française d'Extrême-Orient.