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LE CAMBODGE

Kampot

Pavie est très heureux de sa nouvelle affectation. A sa sœur il écrit : « Je pars de Longxuyen et vais à Kampot. J'en suis bien content, c'est un poste à économies. Je serai le seul européen de l'endroit, c'est à 50 kilomètres de la frontière de Cochinchine dans le Cambodge. Je te parlerai de cette nouvelle résidence quand j'y serai. C'est un poste de confiance, c'est une grande faveur qui m'est faite et j'en suis bien heureux. »

Le royaume du Cambodge ne possède que 400 kilomètres de côtes. Sous le roi Ang-Duong (1847-1860), Kampot est devenu un grand port qui décline après 1870. En effet, la capitale s'est transportée à Phnom Penh en 1866 et une nouvelle route commerciale s'instaure avec Saïgon.

Quand Pavie arrive en 1876, il découvre une « côte bordée de marais, couverte de forêts de palétuviers qui avancent, empiètent sur la plage et constituent pendant une demi-lieue les rives du petit fleuve, qui a à peine 15 à 16 kilomètres de cours. Viennent ensuite des rizières avec leurs ceintures de palmiers à sucre ; des cases malaises éparses dans les champs, les terrains abandonnés d'une mission catholique ; puis Kampott à environ 2 milles de la mer est là sur la rive droite ayant en face de lui le village annamite de Trei-Cach et à 1800 mètres plus loin celui de Kompong-Bay qui en font pour ainsi dire partie. » Le petit port est peuplé d'Annamites, de Chinois, de Malais, de Cambodgiens et de Kiams (Chams). Pavie s'installe dans une case à une heure de la mer. Sa maison, « en arrière du marché, est isolée dans un terrain vague entre un petit cours d'eau et le temple bouddhiste. » C'est le seul Européen, « correspondant politique » du représentant de la France au Cambodge. Il est bien accueilli mais aussi soigneusement étudié : « ...Je fus salué sur la rive par plusieurs chefs et un interprète qui me conduisirent à ma case semblant surtout préoccupés de deviner mon caractère à mon attitude et à mes premières actions. »

D'une grande timidité naturelle, il faudra la visite de moines de la pagode voisine pour que Pavie sorte de sa solitude. Au contact du supérieur de la pagode, Pavie va apprendre la langue et découvrir la civilisation khmère : « L'étonnement causé par une civilisation sinon dédaignée, du moins à laquelle je n'avais pas donné l'attention qu'elle méritait fit naître en moi un besoin impérieux de mieux connaître ce peuple au passé colossal voilé d'ombre. » Il s'initie également à l'exploration tout autour de Kampot. « Ce que j'apprenais je le notais sur une carte dont la comparaison avec les documents géographiques d'alors ne contribuait pas peu à ma résolution naissante de faire tout le possible pour aller chercher la vérité sur le terrain et j'espérais que personne ne songerait avant moi à entreprendre l'étude que je rêvais. » Dans les alentours de Kampot, Pavie découvre les « autres populations », celles qu'il qualifie dans un premier temps de « sauvages. » « Il existait encore dans un canton, à l'ouest de la province, une tribu restée à côté de la population civilisée dans un état demi-barbare frappant. » De ces rencontres naît l'envie de connaître ces autres ethnies.

Au milieu des habitants qui l'invitent aux chasses, aux pêches, aux fêtes et ne négligent « aucune occasion de [lui] rendre le séjour agréable », la vie s'écoule pendant trois ans. Ces années passées à Kampot sont une véritable école pour Pavie, qui, en vivant au milieu des Cambodgiens, abandonne progressivement ses à priori.