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LE CAMBODGE

Phnom Penh

En 1879, après trois ans à Kampot, Pavie est nommé à Phnom-Penh. Ses adieux avec le bonze de la pagode, qui lui a tant appris sur la culture khmère, sont empreints d'une grande émotion. Le trajet (160 kilomètres) se fait en cinq jours et à dos d'éléphant. Durant le voyage il ne cesse d'interroger le cornac sur ce qu'il voit : « Il me fallait le nom de chaque hameau, ceux des monts dans le lointain ou proches, aussi ceux des ruisseaux, leur source, leur direction et des détails sans fin sur ce qui se rapportait au pays tout entier : géographie, histoire, légende etc. » Phnom Penh compte entre 10 000 et 30 000 habitants, amassés le long du Tonlé Sap. Beaucoup vivent dans des habitations flottantes, des paillotes, des barques. C'est une ville cosmopolite. En 1859 Mouhot la décrit comme « le grand bazar du Cambodge » et comme une ville longue et sale. En 1889 elle n'est encore « qu'une misérable bourgade mal construite et remplie de mares infectes.» Sous l'impulsion des premiers résidents français et par la volonté de Norodom, la ville commence à se moderniser.

En arrivant dans la capitale, Pavie est rapidement absorbé par son travail mais il n'oublie pas son désir d'explorer et de connaître. Avec Raphaël Garcerie, ils rêvent de suivre les traces de Mouhot, de Lagrée et d'Harmand : « Nous recherchâmes tout ce qui restait à faire[...]Nous étions effrayés de l'énormité de la tâche. » C'est le nouveau gouverneur, le premier du régime civil, Le Myre de Vilers, qui lui permet de se lancer dans cette grande aventure.

Pavie cherche à attirer l'attention de ses supérieurs. Il envoie ses collections d'histoire naturelle à une exposition à Saïgon. Il s'inscrit à l'examen des langues. Il parvient à rencontrer Le Myre de Vilers qui, devant son enthousiasme, lui confie une petite mission  :  « Je crois, mon cher, que vous ferez bien ce que vous allez faire ; partez pour ce premier voyage, n'en demandez pas plus pour le moment, rapportez-moi une carte, une relation, après ça nous verrons. » Pavie, visiblement très heureux, écrit à ses parents le 6 décembre 1880 : « Je vais vous dire ce que je deviens. D'abord j'ai passé un examen de langue cambodgienne, j'ai eu le n° 1 ; c'est une petite augmentation de 500 f par an. Puis j'ai demandé un congé pour aller courir les forêts et les montagnes de l'intérieur de la péninsule ; je vais bien être trois mois dehors, vous n'aurez pas besoin d'être inquiets, je me porte très bien et ne me fais pas du tout de mauvais sang. Quand je serai revenu je reprendrai mon poste à Phnom Penh. Le gouverneur civil que la République a envoyé en Cochinchine remplacer le gouverneur militaire est un homme de progrès. Sous son impulsion la colonie va prendre un développement énorme. Il a réduit beaucoup l'impôt que payaient les annamites, le commerce en profite et chose remarquable le budget augmente quand même par suite des transactions. On va faire un chemin de fer de suite [...]. J'ai exposé mes projets au gouverneur, il les a trouvés bons et m'a accordé le congé que je demandais inutilement depuis trois ans, je vais aller chercher des coquilles et respirer l'air pur. Je vais me mettre à faire mes malles pour partir dans 8 jours. »