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LE CAMBODGE

Les premières explorations

De décembre 1880 à mars 1881 Pavie étudie la zone comprise entre le golfe du Siam et le Mékong, soit 1300 kilomètres parcourus en éléphant, en barque, à pied, en charrette à bœufs. Ses descriptions sur la géographie, la faune et la flore, mais aussi sur les populations sont très précises. Il fait une partie du chemin avec Aymonier, visite les ruines d'Angkor mais n'en parle que très peu : « leur souvenir réveille encore en moi l'impression de tristesse que leur état d'abandon et mon impuissance à aider à leur conservation m'ont laissée. » Il rencontre également les principaux chefs des régions cambodgiennes, et en particulier les gouverneurs des provinces d'Angkor et de Battambang. Il découvre une ethnie « sauvage », les Tchiong, qui l'accompagnent dans son voyage. « Les Cambodgiens les appellent Sui. Comment sont-ils là ? Il n'est pas facile de le savoir. Tout ce qu'ils content de leur histoire et ce que les Cambodgiens en savent se réduit à peu de chose. Autrefois seuls habitants du milieu de la presqu'île, ils vivaient indépendants, isolés des populations voisines ; les Annamites eux-mêmes les avaient laissé(s) vivre en paix. Le centre principal, résidence de leur chef était Tapang, à une journée de marche dans l'ouest. Vint le jour de l'invasion siamoise ; sauf deux hommes à Somrong et trois familles à Tapang qui réussirent à s'échapper, la tribu (environ 300 personnes) fut emmenée captive. Les restes du malheureux petit peuple après s'être choisi un chef vécurent d'abord misérablement dans les bois, puis quand ils se furent assurés qu'ils ne couraient plus aucun danger vinrent s'installer à Somrong et se mirent sous la protection du gouvernement cambodgien qui confirmant la nomination du chef lui donna le titre d'ochna et se réserva celle de ses successeurs [...] aujourd'hui l'effectif est de 46 individus dont 22 enfants. »

Pavie est parmi les tous premiers à décrire cette population dont il a partagé la vie plusieurs jours.

Lorsqu'il revient de ses expéditions Pavie demande à partir pour le Laos et Luang Prabang, mais il a été précédé par le Dr Neis. Le Myre de Vilers a décelé les qualités de Pavie mais il ne peut confier des missions d'exploration plus importantes à un simple fonctionnaire, qui n'a pas encore fait assez ses preuves. Il lui confie des travaux qui le ramènent à son domaine professionnel : l'étude et la construction de la ligne télégraphique de Phnom Penh à Bangkok.

En 1883, Pavie s'est proposé d'explorer l'Indochine et le Siam pour y recueillir des collections destinées au Muséum d'histoire naturelle de Paris. A ce titre, il a reçu en 1883 et 1884 une subvention de 3000 francs. La première partie de cette somme a été affectée à l'achat de matériel photographique et Pavie a réalisé plus de 500 clichés. La seconde moitié a permis la collecte de matériaux pour l'histoire naturelle de ces régions. En 1884, il envoie au Muséum 7 caisses de coquilles, d'insectes, de reptiles, et en 1885, un bœuf cambodgien et un porc-épic. Le ministre de l'Instruction publique le félicite en particulier pour ses «travaux photographiques [qui] paraissent devoir offrir un intérêt considérable pour la connaissance des diverses régions du Siam et du Cambodge ».