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LE CAMBODGE

L'insurrection du Cambodge

Excédé par les atermoiements du roi Norodom qui ne veut pas entreprendre de réformes, le gouverneur général Thomson pénètre de force dans son palais et l'oblige à signer, le 17 juin 1884, une convention qui donne la gestion des affaires intérieures aux Français et impose le protectorat de la France sur le Cambodge. Le 7 janvier 1885, la révolte éclate. Les partisans de Si-Votha attaquent Sambor et tuent le lieutenant Bellanger. En quelques jours tout le Cambodge se soulève. La manière de procéder est la même partout. Des hommes armés arrivent dans un village, lèvent les hommes valides, détruisent les habitations de ceux qui refusent de les suivre ou les tuent. Les Français sont incapables de s'imposer. Les insurgés sont les maîtres des forêts et des rizières. Ils tendent des embuscades et fuient l'affrontement direct. La répression est brutale, les colonnes françaises peu préparées à la guérilla pillent et détruisent sans discernement. La révolte dirigée avant tout contre la France est complexe, puisque s'allient à la fois les opposants au roi et les mandarins défenseurs de l'ordre traditionnel. Le petit port de Kampot cher à Pavie, est un des hauts lieux de la rébellion ; le télégraphe et l'entrepôt d'opium sont pillés. D'après Klobukowski, c'est l'œuvre du prince Duong Chac, 3e fils du roi : « Doué de tous les vices, n'ayant que l'intelligence du mal, ce jeune homme est possédé d'une haine aveugle contre nous. »

Pavie parle peu de la révolte du Cambodge dans ses ouvrages. « L'affaire de Sambor » écrit-il « eut un retentissement fâcheux dans le Cambodge et servit la campagne que des agitateurs y faisaient depuis quelque temps donnant comme note aux habitants que le traité du 17 juin 1884 opprimait le roi et était contraire aux intérêts du pays, et que s'il y avait un mouvement de protestation au Cambodge contre cet acte, le gouvernement de la République ne le ratifierait pas. » Il en analyse toutefois les causes de façon très pertinente. Les premiers résidents au Cambodge sont arrivés avec du personnel annamite « depuis les interprètes jusqu'aux miliciens », ce qui leur a causé beaucoup de tort quand on connaît la haine que se vouent les deux ethnies. Enfin, en des termes peu affables, Pavie met le doigt sur l'aveuglement de l'administration française au Cambodge, critiquant ouvertement le résident Fourès. « Celui qui administre en France je suppose doit voir de près les choses. J'imagine que dans un pays comme l'Indochine l'administrateur myope pourrait beaucoup mieux diriger un bureau que régenter par exemple le Cambodge. Que dire de ce pauvre garçon intelligent mais borné en même temps qui n'a pas prévu ce qui est arrivé et qui a gardé 3 ans le protectorat sans préparer les moyens d'action facilitant au jour voulu l'établissement indestructible de notre activité. Qui a surtout mis ses facultés en campagne pour savoir si les Européens de sa résidence avaient relations avec roi ou mandarins et qui n'en avait pas lui-même. Qui après 4 ans de séjour à Phnom Penh n'a pas encore eu occasion de voir les gouverneurs des provinces et qui en connaît 5 par ce qu'ils ont eu affaire à son tribunal ! » Mais Pavie a toute la confiance du gouverneur général Thomson qui le charge d'accompagner son chef de cabinet Klobukowski dans sa tournée dans les provinces à partir de mars 1885.