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LE CAMBODGE

Le départ de Pavie

Ses années au Cambodge ont fatigué Pavie. Il exprime une certaine lassitude, parfois de l'agacement, presque de la colère. Il comprend que la franchise de ses propos irrite ses supérieurs, empêche sans doute l'avancement escompté. Aussi souhaite-t-il rentrer en France. Il écrit en juillet 1885 : « Je suis en assez bonne santé puisque j'ai pu impunément marcher sans maladie dans ces derniers temps malgré un état de fatigue qui m'ennuyait un peu ; dans ces conditions et avec mon service ordinaire du télégraphe, nul doute, n'ayant point d'économies et rien qui m'attire en France que je n'aie continué à aller mon petit train-train. Mais cet état de fatigue dont je parlais plus haut m'empêche de donner à des travaux supplémentaires le temps que j'ai de reste. De quelque façon que je l'emploie je suis vite sur les dents, si je suis sur mon cahier je le ferme, si c'est la carte je la roule, si c'est de la photographie qui m'occupe je remballe mon bazar, mais si je cause, si on m'interroge, me questionne surtout je suis absolument incapable de dépasser une certaine limite sans être à bout. Quand ce moment arrive il ne faut pas me dire des niaiseries, me poser des questions naïves, j'oblige à me lâcher en devenant désagréable, cela malgré moi. C'est donc parce que je veux travailler que je songe à rentrer, je ne puis le faire ici. »

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« 6 juillet. Dans le cours de ce petit voyage, M. Klobukowski qui sera probablement le chef du Cambodge, a eu l'occasion de me voir sous un jour qui peut lui paraître mauvais ainsi qu'aux autres personnes avec lesquelles nous voyagions. Mais je suis en somme plutôt satisfait qu'ennuyé d'avoir été souvent sec, quelquefois désagréable, de n'avoir jamais vu faire une chose me paraissant mauvaise sans avoir dit mon avis. J'ai déplu souvent c'est sûr, j'ai peut-être eu tort de laisser voir que ça m'était égal. Tout en étant ici comme un simple compagnon de voyage chargé des menus détails, je ne me dissimule pas que tous ceux qui connaissent le Cambodge m'attribueront une forte part de responsabilité dans tout ce qui s'est fait. Je ne suis pas de ceux qui reculent devant celle qui leur incombe, je la réclamerais au besoin, mais ce ne sont pas ceux-là qui connaissent le pays qui me diminueront mes titres, ils savent, cela leur plaît ou leur déplaît, que je ne tire aucun avantage de mon séjour prolongé au Cambodge, que si j'y reste c'est que je considère comme un devoir d'y être dans les circonstances actuelles ; je puis m'exagérer mon rôle, mais j'aurais cru mal agir en m'en allant quoique j'eusse des raisons joliment fortes pour rentrer au plus vite en France. Quoiqu'il arrive, désormais je partirai dès que dans cet ordre d'idées je croirai pouvoir le faire ».

Pavie quitte le Cambodge. Il y était apprécié. Ses nouvelles ambitions, il les a déjà exprimées à Harmand en 1883 : « Tous les pays depuis le haut jusqu'au bas du Mékong, depuis la frontière du Cambodge jusqu'au Ménam de Pékin sont dans une sorte d'attente. Le moment est venu de garnir d'agents français ces pays dans leurs grands points. Si avant de placer ces agents on voulait malgré ce qu'on sait savoir quelque chose encore, il ne faut pas faire attendre ceux qui sont l'arme aux pieds enthousiastes. Vous pourriez faire que je sois l'un des choisis ; faites que je sois le premier, que j'aille le plus loin, que je parte tout de suite et tout seul et qu'on s'en rapporte à moi ; La France et la République n'auront jamais été mieux servies, dites le leur. Le gouvernement de Cochinchine m'ayant cru, m'a chargé d'unir Saigon à Bangkok, c'est fini. Je veux marcher en avant, chose naturelle il me faut une tâche plus grande, c'est celle-là. Si vous voulez, je l'aurai. Donnez donc. Vive la République. » Ses compétences, quoiqu'il en dise, sont reconnues. En 1885, sur sa feuille de note le directeur de l'Intérieur écrit : « Agent instruit, intelligent, aime à s'occuper de choses étrangères à son service et à s'appuyer sur des recommandations obtenues en dehors de ses chefs directs ou plutôt immédiats. Fera un bon résident en Indochine (Cambodge), ce serait plutôt son affaire. » Le 11 novembre 1885, Pavie est nommé vice-consul de 2e classe. Ce poste, il l'a demandé et grâce à ses divers appuis -Harmand, Le Myre de Vilers-, grâce aussi à ses qualités propres, il l'a obtenu. Il part pour Luang Prabang.