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LE CAMBODGE

L'apprentissage de la culture khmère

Au contact du bonze de la pagode de Kampot Pavie découvre la richesse de la civilisation du Cambodge et se met à l'étude de la langue : « J'irai aussi vous visiter à la pagode, je ne connais rien des usages des Khmers ni des pratiques des temples, je serai heureux d'apprendre quelque chose de vous et aussi de vous voir dans vos occupations. » Le bonze lui montre la bibliothèque de la pagode, « petit bâtiment dans lequel une sorte de coffre laqué rouge et noir orné de dorures et ressemblant à un cercueil, habilement abrité de l'eau et des termites contenait pêle-mêle plusieurs centaines de manuscrits sur feuilles de palmier » sur des sujets divers comme la langue, Bouddha, les usages du pays. C'est ainsi que Pavie s'intègre peu à peu aux différentes communautés. Il étudie la topographie, commence des collections d'histoire naturelle. En revanche les monuments l'intéressent peu.

Sa dernière conversation avec le bonze de la pagode illustre le changement de Pavie. « J'aime votre pays, je suis obsédé d'un désir intense de parcourir ses autres régions, celles des montagnes et des grands forêts, celle où court le fleuve et qu'inonde le lac et celle des grandes ruines. J'aime les Cambodgiens, parce que je les ai trouvés tels que vous-même êtes, simples, bons avec le cœur droit ; je les aime aussi pour le mystère de leur passé, dont une instinctive souvenance de la gloire, jointe à la pensée des malheurs qui ont fait l'oubli, leur donne en même temps une nuance d'orgueil et les rend timides. » A cette déclaration le bonze répond : « Je souhaite maintenant que tous les Français nous jugent comme vous et nous aiment autant. Nous sommes animés de reconnaissance extrême pour la France qui a arrêté l'anéantissement de notre pays. Les Khmers sont sensibles, et leur dévouement va aux grandes limites, ils le montreront si les circonstances le veulent. » Cette faculté que Pavie a de s'intéresser à l'autre et de se faire aimer de l'autre, il la gardera tout au long de son séjour en Indochine.

Pour faire connaître cette culture qu'il découvre, Pavie choisit de faire recopier, traduire et illustrer des contes cambodgiens. Il explique ses objectifs : « Faire œuvre de vulgarisation et montrer sous un jour plus exact des populations extrêmement intéressantes ; donner au Cambodge en lui apportant le premier ouvrage imprimé pour lui dans sa langue un témoignage de la gratitude vouée à ses Rois, à ses chefs, à ses prêtres, à son peuple pour l'aide inappréciable reçue, les services sans nombre rendus au cours d'une vie de voyages. »

C'est le soir que Pavie, après avoir écrit son journal, prend du temps pour parler avec les guides. Quand il est dans un village il écoute les prêtres de la pagode ou les plus âgés. « C'était toujours avec un véritable plaisir que les vieux et les jeunes se groupaient, pressés, les uns pour parler, les autres pour nous entendre sous les grands arbres des bois, ou sur les nattes des temples, au clair des étoiles ou à la hauteur des torches doublement parfumées d'écorce de Smach et de résine de Klong. On me faisait causer d'abord le plus qu'on pouvait (car ils aimaient m'écouter bien plus que dire eux-mêmes), j'obtenais ensuite qu'on fit des récits abrégés des contes locaux aimés, des romans populaires dont la mémoire des plus âgés est presque toujours pleine.»