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L'HOMME

Les compagnons

Les membres de la mission Pavie

Au plus fort de la mission, une quarantaine de personnes entourent Pavie : des topographes comme Cupet, des scientifiques, des agents politiques comme de Coulgeans et Lefèvre-Pontalis, des militaires comme de Malglaive, Rivière, Friquegnon et Massie, des agents commerciaux comme Vacle. Parmi les scientifiques, citons Counillon, géologue, qui participe à la mission Pavie de 1889 à 1892, opérant des relevés de route et qui finira sa carrière en Indochine, ou Le Dantec, attaché à la mission en 1889-1890, docteur ès sciences naturelles, chargé à son retour en métropole du cours d'embryologie générale à la Sorbonne. Lugan rejoint la mission Pavie en 1889. Commis de résidence il devient gérant du vice-consulat de Luang Prabang à la mort de Massie ; il participe à de nombreuses explorations. Ses journaux du poste de Luang Prabang au plus fort de la crise siamoise montrent l'attachement profond de l'homme au Laos. Il finit sa carrière comme consul à Nan.

Le capitaine Cogniard parcourt en 1890-1891 le sud du Laos en compagnie de Cupet et de Malglaive. Il est ensuite commandant de la région de Laokay. Nicolon attaché à la mission Pavie de 1887 à 1889 avait été désigné avec Cupet pour faire partie de la commission franco-siamoise de délimitation des frontières. Il effectue plusieurs reconnaissances, a en charge le poste de Luang Prabang quand Pavie et Cupet s'absentent. Très affaibli, il quitte l'Indochine en 1889. Avant son départ il écrit à Pavie : « Je dois me retirer si je ne veux pas laisser ici le peu qui me reste, les os et la peau. Repris par les fièvres, je suis, comme le dit M. Massie, au bout de mon rouleau. » Il rejoint le 2e régiment de la légion étrangère en Algérie ; puis à la suite du massacre de la colonne Bonnier à Tombouctou en 1894, il part pour le Soudan et meurt en février 1896, à peine rentré en France.

Tous les compagnons de Pavie ont laissé de nombreux écrits. Pavie les publiera en premier, rendant ainsi hommage au rôle important qu'ils ont joué dans sa mission.

Cupet (Pierre-Paul) (1859-1907)

Cupet a été l'un des plus proches collaborateurs d'Auguste Pavie. Né à Bar-le-Duc en 1859, fils de gendarme, il entre à Saint-Cyr en 1877. Il part en Algérie en 1879 comme sous-lieutenant au 2e zouaves. Il y reste cinq ans. Pavie le décrit ainsi : « Tour à tour soldat, topographe, télégraphiste, puisatier, devenu presque légendaire dans le sud de la province d'Oran dont il escalade toutes les montagnes à la recherche de communications optiques et visite tous les points d'eau pour le choix des étapes. Les Arabes au milieu desquels il passe l'année 1883 et les premiers mois de 1884 et dont il a frappé l'imagination ne le connaissent que sous le pseudonyme suggestif de « Bou el Aroui » (le père du mouflon) tant ils l'ont vu parcourir les montagnes. » En janvier 1885 il s'embarque pour le Tonkin et prend part aux dernières opérations suivant la bataille de Langson. Puis il fait partie des troupes du lieutenant-colonel Klipfel engagées contre les insurgés du Cambodge. En 1886 il commande le poste de Mytho en Annam. Le commandant en chef des troupes au Tonkin Munier le désigne pour faire partie de la mission franco-siamoise qui sous la présidence de Pavie doit fixer la frontière au Laos. Sous l'impulsion de ce dernier, il explore la région frontière entre le Tonkin et le Laos, le Kammon, et le Tran-Ninh. Il parcourt également le pays des Sedang, des Peunong et des Radès sur le plateau qui sépare le Mékong de la mer. En 1893 il travaille à une nouvelle carte de l'Indochine publiée en 1902 avec les capitaines Friquegnon et de Malglaive. Il a relevé pour sa part 9000 kilomètres d'itinéraires.

Cupet est promu lieutenant-colonel en 1903 et officier de la Légion d'honneur en 1905. Infatigable marcheur, Cupet sait dépeindre les populations qu'il rencontre. Il meurt au cours de manœuvres dans la Drôme à la veille d'être nommé colonel en 1907. Lors de ses obsèques le général Gallieni dira qu'il a toujours été pour Pavie « un collaborateur des plus précieux et déploya dans les circonstances les plus difficiles des qualités d'initiative, d'habileté, de bravoure, d'endurance à la fatigue et au climat qui mirent bientôt ses services hors pair [...] Ajoutez à ces qualités un esprit très cultivé, une grande modestie, une bienveillance et une affabilité qui s'étendaient à tous. »

Lefèvre-Pontalis (Pierre-Antonin) (1864-1938)

En 1885 Pavie se trouve à Paris. C'est à son hôtel de la rue Jacob, qu'il rencontre Lefèvre-Pontalis, un étudiant de vingt ans, venu assister à un concert de musique khmère organisé par Pavie à l'intention de Camille Saint-Saëns. Le jeune homme suit des cours à l'Ecole des langues orientales et rêve de partir en Indochine. Quelques années plus tard, après avoir intégré le ministère des Affaires étrangères, Lefèvre-Pontalis rejoint la mission Pavie en octobre 1889 en qualité d'attaché d'ambassade. Il parle le malais et l'annamite. Pavie lui confie la rédaction du journal de marche. Rapidement « il montre les qualités d'endurance, de courage et de volonté, force de l'explorateur. Disciple convaincu il affronte avec joie les premières fatigues, va nu pieds dans ses marches, supporte sans effort les privations que comporte le séjour dans les contrées sans communications avec les centres d'approvisionnement, et sans transition s'habitue au régime sobre qui s'entend du manque de pain, de viande, de vin, de tous alcools, celui du reste qui permet le mieux à l'Européen de braver le climat.» Pendant vingt mois il accompagne Pavie. De retour en France en juillet 1891, il est attaché à la direction politique du ministère des Affaires étrangères. Il rejoint Pavie en janvier 1894 en tant que commissaire adjoint de la République. Il fait partie de la commission de délimitation de la frontière sino-tonkinoise et de la commission franco-anglaise du haut-Mékong. Au grand regret de Pavie, Lefèvre-Pontalis ne reste pas en Indochine mais poursuit une carrière de diplomate. Il occupe divers postes au Caire, Saint-Pétersbourg, Athènes et Washington et est ministre à Bangkok en 1912.

Malglaive (Joseph de) (1862-1914)

« Un des plus sympathiques officiers qu'il m'a été donné de connaître» (Auguste Pavie)

Joseph de Malglaive entre à Saint-Cyr en 1883. A sa sortie il est nommé sous-lieutenant au 69e régiment d'infanterie à Nancy. Il part pour l'Indochine en 1884. Affecté à Hué auprès du général de Courcy, il se distingue par sa bravoure lors d'une attaque annamite. Il effectue ensuite de nombreux levés topographiques qui lui valent des lettres de félicitations et le mettent en relation avec le capitaine Cupet. En avril 1889, il est affecté au poste de Lao-Kay comme officier de renseignements et parcourt toute la rive gauche du Fleuve rouge jusqu'à Phé-Long. Pavie fait sa connaissance grâce à Cupet et l'affecte au groupe devant explorer les territoires du Kammon et du Tran Ninh à partir de février 1890. Il lui confie par la suite l'exploration du Mékong et la recherche de passages accessibles dans la chaîne annamite.

« En lisant la relation dans laquelle le voyageur raconte avec brio, entrain et une inaltérable bonne humeur ses déboires comme ses succès, on ressentira pour lui la vive sympathie qu'éprouvent tous ceux qui le connaissent. Ses vues sages sur l'organisation militaire et civile des régions visitées méritent qu'on en tienne le plus grand compte, enfin on ne saurait trop souhaiter de voir ceux à qui seront confiées ces populations si diverses les conduire avec la bonté et la modération qu'il conseille. » (Auguste Pavie)

A son retour à Paris de Malglaive est attaché au ministère des Affaires étrangères jusqu'en 1892 pour la rédaction de la carte de la mission. Il est réintégré en 1893 dans l'armée métropolitaine, mais il ne fera pas carrière dans l'armée. Très déçu il écrivait à Pavie à la suite de la publication du volume de la mission dont il était le rédacteur : « Il m'est infiniment précieux que votre main me classe au rang de vos amis et des compagnons que vous avez menés à la conquête pacifique sinon sans peine ni périls des terres laotiennes. » Il meurt au front en septembre 1914.

Massie (Victor-Alphonse) (1854-1892)

Pharmacien-major de l'armée de terre, Massie arrive au Tonkin en 1882. Il séjourne à Sontay et à l'hôpital de Langson. Il entre en 1888 dans la mission Pavie en qualité de naturaliste. En 1889 Massie est affecté à la gestion du poste de Luang Prabang. Rédacteur du journal mensuel du poste, il décrit sa vie au contact des populations, ses excursions dans les environs de la ville où il rassemble de nombreux échantillons d'objets préhistoriques, de coquillages et de minerais. On lui doit un dictionnaire français-laotien. En avril 1892 le prince Henri d'Orléans de passage à Luang Prabang écrit : « On se prive, on boit de l'eau, on vit économiquement au consulat de France ; M. Massie dépense les trois quarts de son traitement et ses économies pour arracher aux Siamois des exilés annamites et obtenir pour eux justice. Vous voyez, dit M. Massie, à quoi j'en suis réduit ; c'est toujours à recommencer. Dans les villages, les drapeaux tricolores portent des queues de poisson en signe de raillerie. J'écris à Bangkok ; j'écris à Paris ; j'entasse rapports sur rapports ; invariablement on me répond : Faites de votre mieux, mais ne risquez rien, surtout pas d'affaires. Pourquoi payer des agents si on leur enlève tout leur pouvoir ? nous ne sommes soutenus que pour l'inaction ; vous savez l'impuissance qu'il y a à faire respecter nos droits ; ce que vous voyez et savez n'est rien auprès de ce qui est ; mais je vais rentrer en France ; nous verrons si la Chambre instruite de ce qui se passe à la frontière de Siam permettra qu'on continue à nous laisser insulter, humilier, bafouer, chasser comme nous le sommes ».

Massie se suicide le 30 novembre 1892 après, semble t-il, une discussion très vive avec l'officier siamois de Khong. Mais il était sans doute au début d'une maladie mentale qui se manifestait par des voix qu'il entendait, des idées de persécution qui le hantaient et une grande irritabilité.

Vacle (Joseph) (1857-1907)

C'est en 1888 que Vacle est attaché à la mission Pavie. A cette époque il est membre de la mission commerciale au Laos. Il parcourt l'ensemble du Laos et se distingue par sa douceur et sa grande connaissance des populations. Il est chargé par le gouverneur de Lanessan de ramener le calme dans la région de Cho-Bo après le massacre du résident Rougery ce qu'il réussit en deux mois. Quelques années après, il se voit confier l'administration de Luang Prabang. Commandant supérieur du haut Laos par interim il signe avec l'anglais Stirling la déclaration du 16 mai 1896 remettant le territoire de Muong Sing à la France conformément à la convention franco-anglaise du 15 janvier 1895. Il prend sa retraite en 1906. Albert de Pouvourville le décrit ainsi en 1888 : « Nous voyons aussi arriver l'original et charmant M. Vacle, en costume de chasseur alpestre, la plume au chapeau, le bâton à la main, effrayant la gent volatile de son aspect inusité. Il s'installe dans son « tub », se fait frictionner à l'instar du hammam, retarde le dîner pour faire sa toilette du soir et finalement se présente en culotte courte de drap gris souris, bas de soie mauve, souliers à boucles, veston pincé dans le dos, le tout négligemment recouvert d'une robe de chambre décolletée en satin rose du Cambodge. Il a un succès de bon aloi. Cette originalité qui ne dépare pas le reste de son caractère n'empêche pas M. Vacle d'être un explorateur hardi et un diplomate avisé et plein de tact». De Lanessan écrit à la mort de Vacle dans « Le Siècle » un article intitulé Un colonial modèle. La description se rapproche de celle de Pouvourville. « Il se présenta dans mon cabinet en culotte courte, chemise à jabot, bas de soie noirs et souliers vernis à boucles d'argent. Petit, un peu bedonnant, tout rasé, frais et gras, toujours souriant et d'une exquise politesse il avait un minuscule éventail dans la main droite, un bracelet d'argent au poignet gauche et paraissait sortir d'un bal du dix-huitième siècle[...]»

Coulgeans (Marc-Daniel Durousseau de) (1856-1903)

En octobre 1877 de Coulgeans entre dans l'administration des postes et télégraphes et part en Indochine. Au moment des troubles du Cambodge il est chargé du bureau de Krauchmar. Il y rencontre Pavie. Attaché à la mission Pavie en 1890, il est installé à Stung Treng comme agent commercial. Il explore la région alentour, écrit son journal, fait une étude très intéressante sur la rivière Se-Sane et ses habitants. Ses journaux évoquent, souvent avec humour, les nombreuses tracasseries que lui cause l'agent siamois en poste. « L'agent siamois se serait cru déshonoré si pendant toute sa visite il n'eut eu une attitude parfaitement grossière et insolente. Aussi n'en manqua t-il pas. » De Coulgeans surveille également de près la tentative de la chaloupe Argus pour passer les chutes de Khône et remonter le Mékong. Au plus fort de la crise franco-siamoise il participe en avril 1893 à la prise de Stung Treng en compagnie du résident Bastard et du capitaine Thoreux. Il sera successivement vice-consul à Korat puis consul à Battambang.

Rivière (Armand-Joseph) (1862-1895)

Sorti de l'Ecole polytechnique en 1882, Rivière demande à partir en Indochine. Il est détaché en 1887 aux Chasseurs annamites à Vinh comme lieutenant. En décembre 1889 il rejoint Pavie comme topographe. Il participe à l'exploration du Kammon et du Tran Ninh avec le groupe de Cupet. « D'une apparence robuste » ainsi que le dit Pavie, « d'un tempérament énergique, d'un caractère gai et plein d'entrain », Rivière souffre de nombreux accès de dysenterie qui l'affaiblissent. Après avoir travaillé à Hanoï à la carte d'ensemble de la mission, il rentre en France en juillet 1891 ; réintégré à son régiment, il est attaché au service géographique de l'armée. En octobre 1894 sur sa demande il rejoint la mission Pavie. Il participe à la commission de délimitation des frontières avec l'Angleterre. A nouveau malade fin février 1895, il est ramené à Luang Prabang. Le 29 avril il s'embarque sur le Mékong à destination du Cambodge et succombe le 21 mai à Savannakek.