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LE LAOS

L'arrivée à Luang Prabang

Le voyage a été long, semé d'embûches. Le bonheur d'arriver à Luang Prabang le 10 février est grand tant pour lui que pour ses Cambodgiens recrutés à Phnom Penh. Pavie est accueilli par le commissaire siamois et des chefs laotiens.

Sa première lettre est pour Le Myre de Vilers : « A vous ma première lettre. Je suis depuis ce matin dans ce merveilleux pays que Mouhot appelait « un petit paradis ». Vous ne sauriez croire le bonheur que j'éprouve à vous écrire ces lignes à vous qui êtes ici avec moi. J'ai parcouru 4 mois ½ le Laos occidental avant de mettre le pied sur cette rive, notre but. » Pavie semble encore plein d'optimisme : « L'accueil qu'on m'a fait ici a été bon et j'ai lieu de croire que je n'aurai d'autres ennuis que ceux que me créeront les bandes de pillards chinois qui tiennent toute la frontière. Ceux-là sont sérieux, mais savoir qu'ils existent les amoindrit. Je vais vous expédier des photographies de Luang Prabang qui vous le feront connaître. C'est quelque chose d'étrange comme ce pays tient de la Bretagne. Je parle pour l'œil. J'imagine que ce qui le rend fiévreux l'été (car nous sommes en hiver et deux couvertures ne sont pas de trop la nuit), c'est la prodigieuse quantité d'arbres à fruits de toutes sortes. C'est fantastique. Je n'avais rien imaginé de pareil. Ils sont tous en fleurs et leur parfum violent étourdit. »

Les Siamois ne peuvent en aucune façon être dupes des intentions françaises. Pourtant ils donnent l'apparence d'un bon accueil. Alors qu'il s'apprête à rencontrer le roi Ounkam, les mandarins lui font remarquer « que la grande rue du marché a été balayée, chose en dehors des habitudes qui a mis en émoi tous les gens qui l'habitent ; de plus la circulation a été arrêtée au moment du passage, et le monde est aux portes des cases, la foule à tous les carrefours. »

Pavie sent toute la complexité de sa mission : « En voulant empêcher les relations d'être familières et les restreindre, on établissait un modus vivendi et ma position devenait nette. D'un autre côté je n'avais guère compté être accepté en fait et ne manquais pas d'être un peu embarrassé à l'idée d'entrevues en tête à tête avec le souverain laotien étant donné l'attitude pleine de soupçon du second commissaire en particulier, que j'avais tenté en vain de séduire pendant la route par une grande franchise et des explications sur ma mission de nature à le rassurer le plus possible. Il avait été visible pour moi que ce dernier n'avait cru ni à mes paroles ni à ma conduite, qu'en me voyant collectionner des papillons ou des coquilles le long du chemin il restait convaincu que je cherchais à lui donner le change [...]. Venu en observateur et en explorateur j'éprouvais une véritable mortification en voyant les agents siamois persister dans l'idée fausse qu'ils semblaient avoir du rôle que je venais remplir. » Idée fausse ? Quand on sait que Pavie est là pour asseoir les droits de la France et qu'il sera quelques années plus tard un des ardents partisans d'englober le Siam dans une future grande Indochine ?