Vous êtes ici
Accueil > Le Laos > Le vice-consulat de Luang Prabang > Le sac de Luang Prabang
A- A+ Imprimer la page

LE LAOS

Le sac de Luang Prabang

Alors que pour Pavie la navigation s'écoule sans grand intérêt, des nouvelles alarmantes et contradictoires affluent. Les Hos auraient pris la ville de Theng. Pavie abandonné par son officier siamois et son secrétaire se voit contraint de rebrousser chemin. Il est de retour à Luang Prabang le 10 mai. Le chef militaire siamois, le Chao Meun, est parti pour Bangkok depuis cinq jours avec ses soldats. Pavie demande à rejoindre le second roi parti au devant des Hos : « Le second roi est infirme, ma présence avec mes Cambodgiens encouragera ceux qui marchent avec lui. Si même le roi voulait donner aux hommes armés l'ordre de m'obéir, je me chargerais de la défense. » Mais on ne veut pas de lui ; on lui propose de se retirer à Paclay à trois jours de là : « [...] J'ai constaté de nouveau qu'on n'avait aucune envie de me voir prendre une part active à ce qui se passera. On craint sans doute les reproches de Bangkok. »

Qu'est-ce qui fait agir ainsi Pavie ? au delà de son attachement à ce nouveau pays, de sa volonté de montrer la présence française sous un jour favorable, il fait preuve d'un grand courage et d'une grande obstination. « Il est douteux que les habitants de Luang Prabang mal armés et n'ayant pas dans un chef une confiance égale à la terreur que leur inspirent les Chinois essayent de se défendre [...]Quant au roi, ce qu'il craint par dessus tout, ce sont les reproches de Bangkok soit pour une résistance inutile causant la ruine du pays, soit en préparant l'invasion des régions voisines par une soumission trop empressée ; ce que je crois bien certain c'est que le fonctionnaire thai met le souci de soustraire Luang Prabang à l'influence française bien au dessus du désir de la sauver du pillage chinois [...]. Il n'échappe à personne ici que le commissaire craint de me voir en évidence aux dépens du prestige siamois ».

Les Hos pénètrent dans Luang Prabang le 7 juin. La vraie raison de leur attaque semble être l'enlèvement par les Siamois des trois fils de Deo Van Seng, le chef du canton de Laï, pris comme otages, mais peut-être aussi l'attrait du trésor royal. La ville est abandonnée, le roi est seul. « J'ai peur pour le roi » dit Pavie à ses Cambodgiens : « Prenez ces revolvers, emportez vos fusils et dès en arrivant rendez-vous près de lui. Dites que je suis inquiet de la tournure des choses, qu'il n'a qu'un mot à dire pour que j'aille le joindre. Puis ne le quittez pas et grossissez sa troupe. S'il combat, battez-vous, s'il doit fuir sauvez-le.» Ce que fait le cambodgien Keo. « Ce Cambodgien qui laisserait périr son propre roi plutôt que d'en toucher la personne sacrée emporte sans scrupule sous la fusillade ininterrompue le vieillard dont je lui ai confié la garde. » Ils fuient en barques jusqu'à Paclay qu'ils atteignent le 13 juin. Le roi refuse de partir pour Bangkok et s'emporte contre le kaluong.

Ecouter l'extrait sonore

Télécharger l'extrait sonore

« Vous voulez m'obliger à aller à Bangkok pour nous éloigner du danger, je ne me séparerai pas de mon peuple. A Luang Prabang quand rien ne paraissait à craindre vous dirigiez tout avec pleine assurance ; lorsque les choses ont été graves, vous m'avez abandonné, tous les Laotiens l'ont vu. Vous avez empêché que j'accepte l'aide de M. Pavie ; ce sont ses hommes qui m'ont sauvé ! c'est depuis mon malheur lui qui veille sur moi, sur ma famille, je suis vêtu de ses habits, j'ai sa natte pour ma couche ! J'ai fui presque nu. Vous êtes-vous occupé de me venir en aide ? Votre devoir, suivant la lettre de Bangkok que vous m'avez montrée, était d'être toujours entre M. Pavie et moi, intermédiaire forcé de nos conversations ; depuis quatre jours vous tenez la tête des fuyards [...] je suis vieux, je sens le besoin de me fier à quelqu'un, de me laisser conduire par lui. Mes grands fils sont absents ; puis-je avoir confiance en vous maintenant, répondez ! venez dans la barque de M. Pavie, demandons-lui conseil, le sien est le seul que je veux suivre. »

Le revirement du roi est spectaculaire. Son désastre et celui de son peuple lui ont fait prendre de l'assurance. Pavie est désormais celui vers qui tout le monde se tourne.