Vous êtes ici
Accueil > Le Laos > La commission de délimitation des frontières > La reddition des Pavillons noirs
A- A+ Imprimer la page

LE LAOS

La reddition des Pavillons noirs

Les révoltes en Chine ont donné naissance à des bandes armées désignées sous le nom de Pavillons noirs commandés par Luu Vinh Phuoc, et Pavillons jaunes sous les ordres de Phu Lane Si. Elles ravagent les territoires qu'elles parcourent et se vendent au plus offrant. Au Tonkin, l'empereur Tu-Duc, qui a fait appel aux Pavillons noirs pour chasser les tribus des montagnes, confère à leur chef, Luu Vinh Phuoc, un grade élevé dans la hiérarchie militaire d'Annam. C'est à ce titre qu'il participe à la lutte contre les Français au Tonkin et est responsable de la mort de Francis Garnier. Dans le royaume de Luang Prabang, les Pavillons menacent la paix. Les troupes siamoises prennent prétexte de leur présence pour s'installer au Laos, négocient avec certains de leurs chefs mais n'empêchent pas le sac de Luang Prabang en juin 1887. Non seulement les Siamois se sont ainsi aliénés le vieux roi de Luang Prabang mais aussi Deo Van Seng, chef du canton de Laï, dont ils ont emmené les fils en otages.

A lire Pavie il semblerait que le contraste entre son attitude et celle des Siamois a suffi pour lui rallier les Pavillons noirs et la famille de Deo Van Seng. Il s'efforce d'obtenir la soumission des principaux chefs comme le Ong Ba. Sa rencontre avec ce vieux chef est décisive. Les protagonistes s'observent : « C'est presque un vieillard, maigre, grand et droit, l'air intelligent, un peu défiant devant un Français, le premier qu'il voit à côté de lui. Il m'observe à l'aise, comme je fais pour lui, et nous finissons dans un bon sourire. » La réputation de Pavie l'a précédé : « Je suis heureux d'avoir rencontré en fin de mon âge celui des Français qui mettra la paix dans tout le pays que sans le connaître partout chacun aime, que depuis longtemps je souhaitais voir », dit le Ong Ba. Début mai, Français et Pavillons noirs se retrouvent et huit chefs des Pavillons, des talahiès, accompagnent Pavie à Hanoï pour faire leur soumission au gouverneur général.

La soumission des bandes rebelles permet à Pavie et au gouverneur général d'envisager l'ouverture d'une nouvelle route commerciale entre le Laos et le Tonkin. Pavie est mis sous les ordres du général Bégin afin de mener à bien la pacification définitive de la Rivière noire. Dans un rapport en date du 5 juillet 1888, Pavie lui écrit : « Nous avons pour but d'étendre l'influence française [...]. Il est nécessaire de procéder d'une façon qui tout en assurant la sécurité ne nous aliène pas leur esprit. De même qu'au Cambodge nous avons autrefois exercé une réelle autorité avec un agent seul, sans troupes, de même nous pouvons arriver à nous insinuer peu à peu dans des régions qui ont les usages, les mœurs, la religion, le système d'administration des Cambodgiens, en y pénétrant en explorateurs, en y demeurant en observateurs, en y devenant peu à peu protecteurs. » C'est toute la philosophie de Pavie qui se lit dans cette phrase. Pavie va trouver en Bégin un homme qui partage ses idées. Bégin « plaçait une confiance absolue dans le pouvoir unique à ses yeux de ce civil dépourvu d'armes sinon d'autorité, apôtre de la paix par la persuasion. Il en venait donc à renoncer à l'action militaire et à s'en remettre à lui seul d'achever l'œuvre déjà si heureusement accomplie », lui reconnaissant « la meilleure, sinon l'unique chance de victoire totale, sans perte de sang ni de prestige, sans séquelles de haine ou de rancœur dans les masses conquises.»

Pavie doit désormais reconnaître la région mais les événements ne le lui permettent pas. Le 8 septembre, son inquiétude est grande : le Ong Ba vient de mourir. Le 3 octobre Pavie retrouve à Van Kian les principaux chefs des Pavillons. Avec le commandant Pennequin, choisi pour organiser la région des Sip Song Châu Taï, Pavie leur fait une proposition que les anciens pirates acceptent et qui les fait entrer dans le droit commun : « Ils laissaient leurs armes aux cultivateurs et aux marchands et mettaient sous la garde des chefs celles des nécessiteux qui, une année encore, recevraient des chefs de canton la ration de riz et seraient, en échange, tenus de marcher en armes pour la défense du pays ou pour une expédition quelconque au premier appel du commandant Pennequin. ». Tout se déroule parfaitement, dans une totale confiance. « Nous avons été très tranquilles dans ce village où nous étions isolés, cela tend à montrer combien est grand le désir des gens de vivre en paix. » Pavie raconte même qu'un des chefs lui donne un « grand chapeau de bambou qu'il a fait venir de Takhoa pour remplacer le mien pris hier par le courant.» Mais les nouvelles de Laï-Chau contrarient cette paix naissante : Deo Van Tri a repris les armes, la garnison française est affaiblie par le manque de vivres et un grand nombre de malades, les Siamois ont mis à nouveau des soldats à Dien Bien Phu. Pavie part pour Laï où il arrive le 26 octobre1888.