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LE LAOS

La fin de la 2e période

La commission d'étude des frontières doit effectuer une dernière reconnaissance : celle de la frontière avec l'Annam depuis le Tran Ninh jusqu'au Cambodge où les agissements des Siamois sont inquiétants. Depuis plus d'un an le consul Kergaradec a engagé des revendications au nom de l'Annam auprès du prince Devawongsé. « Le gouvernement annamite déclare avoir pour limite le Mékong depuis la frontière du Cambodge jusques y compris le Tran Ninh et réserve sa liberté d'action dans la région à l'est du grand fleuve où il ne reconnaît pas la domination siamoise. » Le prince siamois pour sa part réaffirme les droits de son pays. « Cette revendication qui n'a jamais été faite par l'Annam pas même depuis que cet état est passé sous le protectorat de la France, est en effet contredite non seulement par les nombreux témoignages de l'histoire mais encore par ceux qui fournissent les cartes et les relations des voyageurs qui ont exploré ces contrées. » Il est vrai que jusque là ni Pavie ni le capitaine Luce envoyé explorer les archives à Hué n'ont pu établir fermement les droits de l'Annam sur le Laos. Dans le Kammon Pavie réussit non sans mal à instaurer un statu quo.

Pavie revient en France pour rendre compte de sa mission et le 12 juin 1889 il est à Paris. « En raison de l'écart considérable qui existait entre les prétentions siamoises et nos droits, il parut au gouvernement français plutôt possible d'arriver à une entente à la suite d'accords successifs et provisoires sur le terrain suivant les concessions que le gouvernement siamois serait amené à faire au fur et à mesure que se poursuivraient les enquêtes et les négociations locales, qu'en réclamant à la fois tout ce que nous revendiquions ; la conduite de ces négociations et règlements en même temps que l'exploration des régions inconnues était le but de la campagne que j'allais entreprendre. » La France ne peut recourir à la force.

Pavie est alors promu consul de 2e classe à Bangkok. Il reçoit les pouvoirs du roi du Cambodge et de l'empereur d'Annam pour œuvrer en leurs noms pour la délimitation des frontières. Le secrétaire d'état aux colonies pouvait écrire à son collègue des Affaires étrangères : « Ses hardies explorations, l'énergie dont il a fait preuve pour faire triompher sa cause patriotique, les succès de sa politique habile, douce et sage parmi les populations indigènes, le respect dont l'entourent les Siamois eux-mêmes, son renom de justice et de loyauté parvenu jusqu'en Chine sont de sûres garanties de réussite dans l'accomplissement de la tâche qui lui serait confiée. »

Après avoir pris ses instructions auprès du ministre des Affaires étrangères et du sous secrétaire d'Etat aux colonies , Pavie repart pour Bangkok. Le 23 décembre 1889 il rencontre le roi du Siam qui lui donne son accord pour la poursuite des travaux de délimitation des frontières ; mais les négociations devront avoir lieu à Bangkok et non sur le terrain. Pavie fait observer au roi que « des difficultés sur le terrain sont à craindre vu la proximité des troupes françaises et siamoises sur plusieurs points des territoires contestés. Avant la délimitation définitive il serait désirable qu'on s'entendit pour les éviter. Le roi répond que les troupes siamoises sur les points auxquels il est fait allusion sont plutôt des milices momentanément réunies pour assurer l'ordre et intimider les brigands, qu'il ne faut pas tirer de leur présence aucune conclusion sur les prétentions du gouvernement. C'est aux commissaires à étudier sur place des questions qu'on résoudra plus tard. Malgré ces assurances, M. Pavie dit qu'il serait fort avantageux de se mettre d'accord pour n'y placer de soldats ni d'un côté ni de l'autre jusqu'à la délimitation car les chefs militaires ne se contentent pas d'occuper les territoires contestés, ils les administrent ».

Dans la période qui s'ouvre, les fondateurs du parti colonial marquent d'une influence toute nouvelle la mission Pavie. Le haut Mékong est à leurs yeux un axe stratégique et commercial fondamental pour l'Indochine. Il faut donc déterminer les voies praticables les plus courtes pour relier le haut Laos au golfe du Tonkin et créer un double courant d'importation et d'exportation sur ces routes. Cela permettrait aussi de renouer des relations avec les provinces sud-ouest de la Chine. Il s'agit aussi de bloquer l'avance anglaise dont les produits pénètrent déjà dans le haut Mékong. Le Laos est considéré comme le grenier de l'Indochine. Ce programme est à l'origine de la création du syndicat du haut Laos devenu en 1891 société du haut Laos. L'inspirateur en est le député François Deloncle qui suggère au sous-secrétaire d'état aux colonies Eugène Etienne l'envoi d'agents commerciaux aux côtés de Pavie. Macey est le premier à partir. Dans ses bagages il y a 10000 médailles en cuivre frappées à l'effigie de la France et au chiffre du syndicat et 10000 petits drapeaux tricolores.

De nouveaux compagnons se joignent aussi à Pavie : des topographes, des scientifiques comme Le Dantec et Counillon, des agents politiques comme Lefèvre Pontalis ou Lugan, des militaires comme Rivière, Friquegnon, Malglaive, Dugast ou Cogniard, un agent des télégraphes, Coulgeans. Les premiers mois de l'année 1890 sont occupés par diverses explorations. Pavie coordonne ces travaux, doit compléter lui-même l'étude de la Rivière noire, mais surtout souhaite conforter l'influence française au Laos en rencontrant le fis aîné de Deo Van Seng, Deo Van Tri.