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LE LAOS

Le groupe de Pavie sur le Mékong

La mission Pavie s'ébranle : « Coolies, mulets, cavaliers, boys et gens de la suite de Deo Van Tri portant le sabre d'argent du mandarin et le fusil en travers sur l'épaule s'échelonnent sur le chemin. Le coup d'œil est original. Deo Van Tri suit à cheval M. Pavie. Je viens par derrière. Chemin faisant ils causent ». Tout au long du voyage Deo Van Tri parle des différentes populations du canton, explique la façon qu'il a de faire du commerce sur la Rivière noire, mais aussi des légendes.

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« Tout en marchant Deo Van Tri continue ses récits habituels. Outre les Meos dit-il il y a dans la région d'autres habitants qui ont franchi la frontière chinoise à peu près à la même époque. Ce sont les Yaos. Ce sont des populations très différentes. Les Yaos sont instruits ; les Meos ne le sont pas. Ces derniers sont suivant la légende l'œuvre d'un charpentier qui travaillait dans la forêt où il fabriquait des statues en bois ressemblant tellement à des êtres vivants que sa femme qui lui apportait du riz ne put les distinguer de leur auteur qu'en mettant la main à leurs nez. Celui du charpentier étant frais et humide, la femme reconnut alors son mari. Cette légende qui a cours parmi les Chinois, les Siamois et les Annamites est désagréable aux Méos qui n'aiment pas à se voir considérer comme des êtres incomplets. A propos de cette histoire Deo Van Tri nous en raconte une autre qui se rapporte aux Annamites et qu'il dit avoir été inventée par Cao Bien le fameux général siamois ... Cao Bien faisait très peu de cas des Annamites. Il disait que leur père commun était un bonhomme en papier. Ses enfants ne pouvaient à cause de leur peu de consistance vivre plus d'un jour. Quand on veut insulter les Annamites en faisant allusion à leur mollesse on n'a qu'à leur apporter des hommes en papier. »

Le 13 juin 1890 l'ensemble de la mission est réuni à Luang Prabang. Elle y séjourne six semaines. La construction du poste et des différents logements est achevée. Pavie, Pennequin, Lefèvre-Pontalis doivent repartir au Cambodge, installer des topographes aux points les plus importants. Malglaive, Cupet et Lugan descendent vers le sud. A la fin de la période plus de 14000 kilomètres d'itinéraires ont été levés.

L'objectif de Pavie est d'établir des agents français le long du Mékong. La descente du fleuve est à la fois l'occasion d'observer les Siamois et de se concilier la population locale. Ainsi à Nong Kay la mission est reçue par le Phya Surriadet « qui [...] grand et fort semble assez fier de sa situation. Il a revêtu pour la circonstance son plus bel uniforme et s'est fait entourer de ses principaux compagnons, ayant deux pages du roi à ses côtés. Le gouverneur est un vieillard aveugle qui a cessé d'exercer toute fonction. Son fils le remplace ; c'est un rôle ingrat que celui de diriger une province et de ne pouvoir prendre aucune décision sans en référer au commissaire qui est le véritable chef. » A Muong Monk Lefèvre Pontalis note que « l'arrivée de Français est un événement pour la localité. Il ne tient qu'à nous de laisser une bonne impression. Aussi M. Pavie et le colonel organisent-ils des jeux avec récompense pour les gamins. En peu d'instants tout le monde prend un air de fête. » A Kemmarat, une fois passé l'effet de surprise, le village leur fait bon accueil : « On n'est pas du tout habitué aux visages européens. Aussi les habitants ont-ils commencé par nous contempler, silencieux et immobiles pendant de longues heures. L'arrivée d'un étranger produit toujours une forte impression dans ces villages du Laos où depuis le gouverneur jusqu'au plus petit enfant tout le monde se préoccupe de nos personnes. [...]. Les femmes du gouverneur elles-mêmes viennent nous rendre visite. Les savons, les parfums, la boîte à musique et la photographie les enchantent [...], aussi en causant avec les uns et les autres M. Pavie obtient-il plus d'un renseignement. »

L'empreinte siamoise est cependant partout : « Nous allons voir le roi de Bassac. A voir ce Chau Muong timoré asservi par les Siamois et visiblement gêné par notre présence on a de la peine à reconnaître le prince intelligent et plein d'initiative dépeint par M. Aymonier. En sept ans, la situation s'est singulièrement modifiée et le laotien n'a qu'à bien se tenir s'il désire voir un jour son fils lui succéder».A Stung Treng de Coulgeans a fort à faire avec l'administrateur siamois. « Il n'eut pas moins besoin de faire appel à toute sa patience pour ne pas corriger l'agent siamois comme le méritait sa grossièreté. Ce personnage s'ingénia à être insolent et comme il paraît doué d'une assez bonne dose de bêtise son insolence arrivait parfois à être comique [...]. Il ne se doute pas le malheureux combien M. de Coulgeans est obligé de se rappeler les instructions de M. Pavie pour ne pas le jeter à l'eau... »

La mission arrive à Bangkok où Pavie séjourne du 4 au 15 novembre 1890. Il avait promis au roi de revenir pendant la saison des pluies pour le mettre au courant des opérations topographiques accomplies, régler les difficultés qui auraient pu survenir et entamer les négociations pour les frontières. Pavie rejoint ensuite Hanoï où il retrouve, le 21 décembre 1890 Déo Van Tri, qui n'y était pas venu depuis 15 ans et qui est très bien accueilli par les autorités françaises. Il s'agit à présent pour Pavie de préparer le voyage dans le pays des Douze mille rizières, les Sip Song Panna.