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LE LAOS

Les Sip Song Panna

Quand la mission part le 28 février 1891 pour les Sip Song Panna, « seul pays de civilisation indoue où la Chine avait encore une apparence d'autorité. », Pavie a reçu les pouvoirs du roi du Cambodge et de l'empereur d'Annam pour négocier en leur nom et pour leur compte la rectification des frontières. « Notre caravane compte 42 bêtes de somme. Deo Van Tri a présidé au choix des 30 volontaires chargés d'assurer la sécurité. Dans le nombre se trouvent quelques hommes de confiance thais et chinois.[...] Les 20 mulets porteurs sont sous la conduite de leurs six anciens guides yunnanais habitués à la montagne. Deux Lu de Muong Boum nous accompagnent. Etant de même race que les gens des Sip Song Panas et très dévoués à Deo Van Tri, Chi et Noi aideront à nous faire bien accueillir. 23 coolies khas portent une partie des bagages. Dans la vallée du Nam Lai cette caravane pittoresque s'allonge. La note est variée. Tous ces hommes sont différents par la race, la couleur, le vêtement. Européens, Thais, Chinois, Annamites de Cochinchine et du Tonkin, Cambodgiens, Lus, Birmans, Khas étant ici représentés.»

Deo Van Tri a fait rédiger une petite pancarte en chinois qui va les précéder dans tous les villages. C'est en effet l'usage en Chine d'annoncer de cette façon ses intentions pacifiques. Pavie prévient les habitants qu'il est porteur d'un passeport chinois, que les trente hommes armés qui l'accompagnent sont là pour défendre son convoi, que ses hommes ont l'interdiction de piller et qu'il paie les vivres dont il a besoin. Sur cette missive Pavie et Deo Van Tri ont apposé chacun leur cachet. Partout ils sont bien accueillis et Pavie espère rattacher cette région à la France.

Le but de Pavie est de rejoindre le Mékong au bac de Muong-Khong là où le fleuve entre dans les Sip Song Panna. Il se sépare de Lefèvre-Pontalis qui continue sur la région du thé en compagnie de Deo Van Tri, tandis que lui se dirige vers Muong Lé, important centre de commerce et premier poste chinois du Yunnan. Lefèvre-Pontalis partage l'idéal et les objectifs politiques de Pavie . « Malgré les fatigues, leurs périls, leurs privations, les membres de la mission se sont tous tirés sains et saufs de cette longue exploration. Les hommes sérieux, ceux qui comme moi croient sincèrement à l'avenir de cette Indochine où la France a su se faire une place qu'elle ne sait pas suffisamment apprécier se demanderont comment une mission comme la nôtre a pu triompher d' obstacles bien autrement sérieux que ceux que rencontrent dans les deltas de Cochinchine et du Tonkin nos administrateurs et nos colons. Et ils ne pourront faire que rapporter tout l'honneur de ce résultat au chef plein d'expérience et de dévouement qui nous a tous guidés. Ils se diront que contre les fièvres et les maladies il y a une hygiène et un régime que trop peu d'Européens savent s'imposer ; que vis à vis des pirates comme vis à vis des populations récemment soumises ou des races qu'on veut soumettre il y a une politique de douceur, d'énergie, d'à propos et de dévouement à laquelle rien ne supplée et qui permet à des Français sans armes et sans escorte de traverser toute l'Indochine sans recevoir le moindre coup. »

Le 20 mai 1891 Pavie atteint la ligne de séparation des eaux de la Rivière noire et du fleuve Rouge au col de Pouten. Sa mission est achevée. Le 28 mai il est de retour à Hanoï et le 7 juillet, il s'embarque pour la France avec Lefèvre-Pontalis. Il emmène les neveux de Deo Van Tri afin qu'ils fassent leurs études à l'école coloniale.

Les nouvelles qu'il reçoit de l'Annam sont mauvaises. Les Siamois continuent de s'avancer au delà de la ligne de partage de la chaîne annamite. Dans le Tran Ninh, à Tong Xieng Kham le bambien (Bang bien), fonctionnaire annamite, au service de la France mais sujet thaï d'après les Siamois est accusé de trahison et fait prisonnier. « Comment pouvait-on souffrir qu'un individu, natif du pays et par conséquent sujet siamois, sous le régime du statu quo s'enrôlât tranquillement sous un drapeau étranger et sur le territoire siamois dans un dessein hostile au Siam » écrit plus tard le prince Dewavongsé à Pavie. Pavie perd patience. « La longanimité dont nous faisions preuve en nous contentant de formuler des protestations, paraissait interprétée comme une indication d'indifférence et semblait l'encourager dans cette voie et l'agression était devenue son moyen de pression. » De fait la fin de l'année 1892 et 1893 sont marquées par une série d'incidents entre les deux Etats. Afin qu'il ait l'autorité nécessaire dans les négociations diplomatiques, Pavie est nommé consul général, puis le 15 février 1892 ministre résident à Bangkok.