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AUTOUR DE LA MISSION PAVIE

La mission catholique du Laos

Après quelques tentatives infructueuses pour pénétrer au Laos dans la première moitié du XIXe s, Mgr Vey, vicaire apostolique du Siam, envoie en 1876 de nouveaux missionnaires. Le père Prodhomme et le père Perraux remontent le Ménam Sak, fondent la petite station de Hua-Keng ou Keng-Khoi. Le père Prodhomme, très éprouvé par la fièvre des bois, part se reconstituer une santé à Chantaboun où il fait la connaissance du père Guégo. Les deux hommes quittent Bangkok le 12 janvier 1881. Après un trajet éprouvant, ils arrivent à Oubone le 24 avril. Assez bien reçus par les autorités, ils s'installent sur un terrain insalubre et réputé habité par les esprits et commencent à défricher. Leurs conditions de vie sont très difficiles.

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« Mon Dieu, que les premiers jours de cette séparation m'ont paru longs et pénibles ! moi pauvre petit missionnaire, encore inexpérimenté dans la langue et les usages du pays, je me voyais seul à la tête de notre petit troupeau. Je me suis mis pourtant à l'œuvre de tout cœur et je m'appliquai, avec mon catéchiste, à instruire mes gens [...] J'ai pu délivrer deux familles des mains de leurs injustes détenteurs, mais il restait une grosse difficulté, à savoir : celle de nourrir tout mon monde. Mon confrère en partant, m'avait laissé 180 francs, et avec cette somme il me fallait me nourrir moi et tous mes pauvres, au nombre de plus de trente, jusqu'à son retour, c'est-à-dire plus de trois mois. Emprunter ici me paraissait impossible, déshonorant au suprême degré[...] mon ordinaire n'était déjà pas trop succulent ; je le rognai encore un brin pour pouvoir donner un peu de ragoût à mes nouveaux venus. Je me suis mis complètement à la nourriture des Laotiens, à savoir une grande écuellée de riz cuit à l'eau, quelques légumes et un peu de poissons confits, dit-on ici, pourri dirait-on en France et à bon droit car c'est à la lettre puant et infect ; mais d'après les Laotiens plus cela sent, mieux cela vaut [...] Les premières bouchées d'un pareil mets descendaient difficilement et je fermais les yeux pour ne pas voir les vers grouillant parmi ces poissons dits confits. Bah ! me disais-je pour m'encourager, puisque tu es au Laos, il faut te plier aux usages du Laos ; tu n'en mourras pas ! Parfois pourtant l'estomac ne faisait pas bon accueil aux poissons confits, il vomissait ces confitures ; puis la fièvre vint aussi mettre son veto, elle dura un mois. Quand elle m'eut quitté, je me remis aux poissons confits et ô bonheur ! je ne vomis plus et me portai parfaitement bien.... Grâce à ces petites économies j'ai pu nourrir tous les pauvres qui se trouvent auprès de moi avec mes deux nouvelles familles et quand mon confrère est arrivé, il me restait encore 15 francs.» (Père Guégo)

Le bruit se répand que les missionnaires rachètent des esclaves et la mission se développe peu à peu. Fin 1885 on compte 463 chrétiens. Parfois il y a des tensions avec les autorités locales qui trouvent que les missionnaires détournent les populations des corvées et du paiement de l'impôt, et en représailles interdisent qu'on leur vende du riz. Le père Prodhomme est partout, surveillant, dirigeant, encourageant. Dès qu'un danger menace une chrétienté il en appelle du petit mandarin local au gouverneur de la province et parfois jusqu'à Bangkok pour obtenir réparation.

Au mois d'août 1890, le père Prodhomme reçoit Pavie à Oubone. Lefèvre-Pontalis souligne la prudence des missionnaires vis-à-vis des Siamois : « Ne sachant pas d'une façon précise quelles sont les vues de la France sur le Laos et quel but elle y poursuit, ils évitent de se compromettre. » Il s'attarde aussi sur la dureté de leur vie quotidienne : « Le soin des intérêts temporels de leur chrétienté, la lutte pour la vie qui consiste dans le travail des rizières et l'achat du riz lorsque la récolte fait défaut, le peu de ressources dont disposent les missionnaires et leur petit nombre les empêchent de s'appliquer autant qu'ils le voudraient à la formation intellectuelle de leurs chrétiens..»

La mission du Laos eut cependant à souffrir des mauvaises relations entre la France et le Siam. Dès1886 Mgr Vey s'inquiète et écrit au père Péan : « Nos missions dans ces lointains parages sont comme un oiseau sur la branche que le chasseur voit et peut tuer s'il le veut. Dès le moment que par imprudence nous aurions blessé le gouvernement du Siam tout serait en danger car on ne manquerait pas de moyens, si on le voulait, d'agir contre nous en dessous, si on ne jugeait pas à propos d'agir ouvertement .» Les missionnaires restent volontairement en retrait : « La France a nommé un vice-consul à Luang Prabang, » écrit Mgr Vey, « le titulaire qui est à Bangkok aurait bien désiré avoir des missionnaires pour compagnons ; il est vrai qu'il ne serait pas prudent d'accéder immédiatement à sa demande [...]». Car pour certains Siamois, le Batluang (missionnaire) est un espion, précurseur de l'occupation française. « Tout cela est gros de dangers pour nous et on ne manquera pas en cas d'esclandre de faire tomber la responsabilité sur les chrétiens et sur nous, alors la petite mission laotienne qui s'annonce belle sera étouffée et détruite à son berceau... » écrit le père Dabin au père Péan en avril 1889. Aux yeux des religieux seule compte l'évangélisation : « Ma qualité de missionnaire » écrit le père Prodhomme « doit passer et passera toujours avant celle de Français ».

C'est entre les années 1885-1890 que se fait le plus grand nombre de conversions. En 1899 la communauté chrétienne, forte de plus de 7000 personnes, est définitivement fondée et le vicariat apostolique du Laos est créé.