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AUTOUR DE LA MISSION PAVIE

Les voyages

« Les voyages en cette saison offrent, je le reconnais, peu d'agréments, à qui n'est pas soutenu par une idée ou l'importance d'une tâche à remplir. J'ai admiré souvent la philosophie de tout ce monde que j'entraîne à ma suite dans cette course à travers les montagnes, que la pluie trempe jusqu'aux os à peu près régulièrement tous les jours, à qui il n'échappe ni plaintes ni récriminations. Et pourtant la fatigue de tous est extrême. La dernière route a été des plus pénibles. Nous avons eu 6 jours de pluie sur neuf, et entre temps des coups de chaleur insupportables. A Hat Bo le thermomètre marquait 40 degrés à l'ombre. L'interpète Ro et mon ordonnance sont malades. Le premier est porté dans un hamac. Le second regrette sa gamelle et boude sur les plats de mon vatel laotien, me donnant plus de soucis que mon travail et ma personne réunis [...] Pendant la belle saison, quand le jarret est bon et l'estomac solide, un voyage à travers l'inconnu n'est que plaisir et les étapes s'enlèvent très gaillardement, quoique l'œil finisse par se fatiguer à la longue, à percevoir chaque jour les mêmes sensations, à contempler les mêmes solitudes, le même décor de montagnes et de forêts toujours semblables. Par malheur quand la pluie se met de la partie, adieu l'agrément. Chemins détrempés, glissades sur les pentes argileuses des montagnes, torrents infranchissables qui arrêtent la marche, trajets dans les ruisseaux pendant des journées entières, et à l'arrivée au gîte un coin de forêt humide, un bivouac installé sous la pluie, pour boisson de l'eau trouble et malsaine, la cuisine établie sous un parapluie, un cuisinier impuissant à faire flamber ses copeaux, qui vous apporte un vieux poulet saignant et coriace, toute la gamme enfin de ces mille désagréments qui font regretter le soleil : rien n'y manque. » (Cupet)